février 12, 2008

Question de mode (ou de moeurs?)

saggypants21.jpg Jusqu’où le descendre? La question laisse perplexe mais elle n’est pas si frivole que cela. Elle fait d’ailleurs couler beaucoup d’encre ces temps-ci à Atlanta, où un membre du city council (le conseil de la ville) essaye de faire passer une loi pour interdire le port de ces “saggy pants.” 

“Saggy” d’après le dictionnaire, réfère à ce qui se laisse aller, ce qui manque de fermeté, de force, ce qui est affaibli (”sagging spirits”); et par extension, à ce qui tombe. 

Si la Géorgie se pose la question, d’autres états sont passés depuis à l’acte. En Louisiane, par exemple, il est désormais interdit de porter des pantalons qui dévoilent les sous-vêtements sous peine d’amendes (qui peuvent aller jusqu’a $500 ou six mois de prison dans certaines villes) d’après des arrêts municipaux faisant appel à la décence (decency ordinances).

La puissante American Civil Liberties Union est bien sûr entré dans le vif du débat en s’opposant à ces ordonnances, au nom de la liberté d’expression. “I don’t see any way that something constitutional could be crafted when the intention is to single out and label one style of dress that originated with the black youth culture, as an unacceptable form of expression,” dénonçe sa présidente, Debbie Seagraves.

A Atlanta, les critiques du projet de loi crient également à la discrimination raciale et dénoncent “des mesures punitives qui visent la jeunesse noire.”  

La plupart des noirs américains à qui j’ai posé la question pensent également que légiférer sur la tenue des pantalons n’est pas la solution au problème, plus complexe, de la délinquance d’une partie d’une jeunesse inspirée du style des artistes hip-hops des années 90. 

Après avoir connu les mini jupes, les jeans hyper serrés, les logos faisant référence aux drogues, les insignes de gangs, « les pantalons qui tombent, c’est juste une mode comme une autre. Les jeunes s’en lasseront bien d’eux-mêmes. Il n’y a pas de quoi s’alarmer», commente le musicien et entertainer (noir) Shawn Brown. « Les jeunes blancs eux aussi ont adoptés cette mode, ce n’est pas seulement les noirs. »  

Et de remarquer que, ce que les jeunes ne connaissent peut être pas, ou plus, c’est l’origine de cette mode : les prisons, où l’on fait porter aux prisonniers des uniformes sans ceintures pour éviter les tentatives de suicide et la possibilité de cacher des armes.

Dans les écoles publiques d’Atlanta encore aujourd’hui – comme la middle school de ma fille– la consigne pour les garçons est au « tuck in », rentrer la chemise dans le pantalon et ne pas porter des vêtements trop amples.

Est-ce que le fait de remonter le pantalon a une incidence sur les performances scolaires? La question mérite d’être posée… 

février 12, 2008

Vents féroces

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Photo: The Decatur Daily, Gary Cosby Jr.

Tragédie dans les états du sud, où en l’espace de quelques heures, plusieurs tornades détruisent tout sur leur passage, et ne laissent que des débris. Regardez cette photo. Il ne reste littéralement plus rien, tout a été réduit en morceaux.

Je me suis demandée si une telle dévastation n’était pas aggravée par le fait que les maisons sont, le plus souvent, de pauvre qualité dans cette partie des Etats Unis: des “baraques” en bois, sans aucune fondation, des mobile homes bien souvent.  

Gary Cosby Jr., l’auteur de cette photo, m’a répondu que non. “I have covered several tornadoes and one hurricane and I have seen the destructive quality of the wind several times.  I am always amazed at what concentrated wind can do to almost anything“ explique-t- il. Cette tournade était de force 4 selon l’échelle Fujita.  ”It destroyed with equal ferocity, brick homes, wooden homes and mobile homes.  There were some houses where everything was wiped off the earth including the concrete block foundations…The best thing, and only really safe place to be, is underground in a storm shelter.  Even a basement is not totally safe because so much debris can fall down on top of you. ”

Sa conclusion: “It is best to just pray you are never in a tornado.”

février 11, 2008

Truculence culinaire

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Christiane Lauterbach est critique culinaire à Atlanta magazine. Depuis 1983, elle sillonne la ville, du downtown jusqu’aux suburbs les plus éloignés pour découvrir de nouvelles saveurs. Des grands restaurants jusqu’aux petits ”boui-bouis” comme elle dit.

Christiane Lauterbach a la verve truculente, un physique à la Marguerite Duras, un profond respect pour son métier et l’écriture, et un dédain certain pour la médiocrité gastronomique de l’américain moyen (point sur lequel je ne peux que concourrir).  

La cuisine, ou plutôt la nourriture, a toujours été pour elle un moyen de connaissance et d’exploration (explorer une ville à travers ses restaurants), un sujet d’étude pour une ethnologie des temps modernes.  

Ci-dessous quelques extraits de ma conversation avec Christiane la semaine dernière.

Sur la nourriture américaine  

“J’adore la charcuterie, les rognons, la langue, la cervelle. Et ça n’existe pratiquement pas aux Etats-Unis.  Les Américains ont un régime beaucoup plus limité. Ils n’aiment pas les têtes de poissons, les arrêtes. Ils mangent comme des gens riches, les Américains. Et moi j’aime la cuisine pauvre parce qu’elle a beaucoup plus d’imagination pour essayer de donner du goût. J’adore tout ce qui est mijoté, la cuisine grand-mère et ici le plus souvent c’est de la cuisine sautée, grillée, avec un petit peu de sauce.”

Sur le ketchup

“La seule chose que je ne mange pas, c’est le ketchup. Il n’y a rien de pire pour moi au niveau du goût, ce sucre-vinaigre-tomate, c’est abominable. Mes enfants ont été privés de ketchup. J’aime à peine la tomate cuite.  Quand on grandit en France, on n’a aucun point de référence avec le ketchup. Le ketchup, c’est la pire des choses qu’on peut faire avec une tomate.”

Sur le poulet frit

“Quand je suis arrivée en Atlanta, je n’avais jamais mangé de poulet frit et même l’idée du poulet frit m’horrifiait. Mais petit à petit j’ai découvert la cuisine d’Atlanta, comme celle des noirs, qui est très exotique pour moi. Et puis maintenant Atlanta est devenu une ville tellement internationale, il y a de la cuisine de tous les pays, au delà de ma porte. Je ne m’ennuie pas, près de 70 nationalités sont représentées.” 

Sur la cuisine du sud

“Il n’y a pas beaucoup de tradition à Atlanta mais la cuisine du sud vient des environs d’Atlanta plutôt que de la ville. Il existe une différence énorme dans le sud entre la cuisine des blancs et la cuisine des noirs, d’un côté. Le restaurant le plus important du sud est Watershed, et son chef (Scott Peacock) est d’Alabama. C’est vraiment un chef qui a recherche les traditions de la cuisine du sud et qui arrive à la traduire à un certain niveau culinaire, ce n’est pas tarabiscoté, c’est de la belle cuisine du sud. Il est blanc mais très influencé par Edna Lewis qui était la cuisinière noire la plus reconnue d’Atlanta. J’adore manger dans des petits boui-bouis noirs au sud d’Atlanta, j’aime la façon dont ils font cuire les légumes avec du porc, ça a vraiment du goût. “   

février 6, 2008

Pause

dsc_0173_edited-1.jpgOuf, le Super Tuesday est passé. Le calme peut revenir dans les esprits, du moins jusqu’aux prochaines primaires, et même si ces élections du 5 février n’auront finalement pas été aussi décisives qu’on a bien voulu nous le laisser entendre.

 C’est sans surprise que Mike Huckabee, pour le camp républicain, et Barak Obama, chez les démocrates ont remporté la majorité des voix. Huckabee grâce en partie au vote des évangélistes, si nombreux dans cette partie de la bible belt mais également à “un message populiste qui aurait touché la corde sensible de la classe moyenne et de groupes socio-économiquement faibles”, d’après l’analyse politique locale. Soit.

Obama, de son côté, a réussi à rassembler non seulement l’électorat noir mais également un large nombre d’électeurs blancs, ce qui a même surpris le directeur local de la campagne d’Obama. ”This is really big” a-t-il commenté. Certains ont interprété sa victoire comme un signe de sa capacité à surmonter “the racial divide“, la grande fracture raciale qui est encore tellement présente dans cette partie-ci des Etats Unis. De l’espoir donc. 

janvier 31, 2008

Terminus

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Terminus. Atlanta.

Dans l’excellent livre ”Where Peachtree Meets Sweet Auburn“,  le journaliste Gary Pomerantz relate l’histoire du nom d’Atlanta.

“The future city of Atlanta was born as a small railroad settlement in a spot later described by Lumpkin as being “in a perfect state of nature – a wilde unmolested forest, not a fence or cabin to be seen anywhere in sight.” To locals, the new settlement was known as Terminus.

L’année: 1836. 

Pomerantz explique qu’une fois le train arrivé, les gens ont trouvé que le nom de Terminus n’était pas assez “respectable”. Ils l’ont alors changé en Marthasville, d’après le nom de la fille du gouverneur Lumpkin, Martha. Quelques années plus tard, alors que le settlement prenait de l’ampleur, les agents du rail se sont plaints que “Marthasville” était trop long à écrire sur les billets. Un esprit brilliant a alors proposé Atlanta:

“Atlanta, the terminus of the Western and Atlantic Railroad – Atlantic, masculine, Atlanta, femine– a coined word.” Le 26 décembre 1845, le nom Atlanta fut officiellement adopté.

janvier 23, 2008

Icy rock

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Une dépression a recouvert de neige Atlanta ce week-end. La ville était toute blanche, spectacle inhabituel pour le South. Sur la roche d’Arabia Mountain, une des rares réserves naturelles dans un rayon de 20 kms autour de la ville, l’eau s’était figée et avait révélée des formes naturelles inattendues, la silhouette d’un homme ou encore l’esquisse d’un l’oeil. De la poésie à l’état brut.  

Ice form

janvier 20, 2008

Rêve de grandeur

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Ah le désir d’Atlanta d’être promu au rang de ville internationale… Depuis les Jeux Olympiques de 1996, Atlanta rêve de grandeur. La semaine dernière, notre gouverneur, Sonny Perdue, a remis cela sur le tapis lors de son discours sur le State of the State, un discours politique censé annoncer les grandes lignes politiques de l’année mais qui s’est révélé être plutôt un exercice d’autosatisfaction et un énoncé de grandes platitudes.

Texto: “We are poised on the brink of international prominence… This era will be glorious for Georgia. We will be the city on a hill that shines brightly lighting the path of those around us. We will not only be the triumph of the Southeast, of the nation, but of our globe.”

Perdue était intarissable: “A new generation of Americans is coming South. They are coming to Georgia to build their futures, our future – to build the Amerinca future.” Il poursuivit avec cette jolie métaphore du ”sweet fragrance of opportunities” qui flotte sur l’état de Georgie, “… a place people across the world want to call home.”

Et dire qu’il y a à peine quelques mois, ce même gouverneur était sur les marches du Capitol et invoquer une intervention divine pour faire venir la pluie sur une région menacée par la sécheresse (voir En attendant la pluie.)   Cela est désormais du passé. Il a plu depuis lors, le gouvernement a annoncé un plan pour le lac Lanier, le réservoir d’eau potable pour Atlanta, donc tout va bien. Nous sommes prêts pour accueillir les foules!

janvier 14, 2008

Hors propos: l’insoutenable légéreté de Clara

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En observant l’expression de bonheur qui s’est dessinée sur le visage de ma fille hier lorsqu’elle a essayé pour la première fois ses “pointe shoes”, ces chaussons de danse renforcés à l’extrêmité par une pièce de bois, je me suis dit que le bonheur finalement était très relatif.

Ce qui pour moi était le début de longues souffrances par des pieds meurtris était pour ma fille un moment décisif dans sa vie de jeune danseuse, la réalisation d’un désir intense, l’ouverture à d’infimes possibilités de pas jusqu’ici esquissés, une nouvelle perspective sur la vie révélée par juste quelques centimètres en plus.

janvier 10, 2008

Marcher sur la neige

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Une belle couche de neige fraîche a récemment recouvert une grande partie du Colorado et plusieurs de ces états voisins, comme l’atteste cette photo prise le premier jour de l’an 2008 dans le Rocky Mountain National Park.

Quel rapport avec Atlanta? Aucun, sinon que cela me fait penser à mon ami Doug d’Atlanta, qui n’a jamais marché sur la neige. Peut-être est ce là un des critères pour définir un homme du Deep South : quelqu’un qui n’a jamais eu l’expérience de marcher sur une couche de belle neige poudreuse et d’entendre le crissement de la neige sous ses pas. Doug pourtant est ingénieur, père de deux garçons et vit avec sa famille dans un quartier résidentiel chic d’Atlanta. Ses vacances, il les passe généralement au sud, sur la côte de Floride. Mais jamais au nord. J’imagine qu’il y a beaucoup d’eskimos qui n’ont jamais vu de plage de sable fin. Il n’empêche. Dans le cas de Doug et compte tenu des moyens de communications modernes, cela laisse rêveur.

décembre 16, 2007

Mr. Cathy, ses poulets et ses vaches

Chick-fil-A est une institution en Géorgie. En arrivant à Atlanta, il est difficile de rater les panneaux publicitaires sur lesquels s’affichent ces deux vaches, l’une sur le dos de l’autre, en train de peindre :”Eat more chicken” ou plutôt “Eat Mor Chikin. ” La campagne publicitaire lancée  en 1995 est irrésistible et malicieuse. Et les gens d’Atlanta ont cultivé une certaine affection pour cette chaine de fast food où le poulet (le blanc, désossé et frit) est roi. 

A l’origine de cette institution, un homme, de petite stature mais qui possède une grande ambition: Truett Cathy. Mr. Cathy était invité la semaine dernière au Commerce Club d’Atlanta, et je suis allée l’écouter. Moi qui entretient avec les restaurants fast food une relation très distante – surtout après avoir vu le film Supersize Me sur les overdoses de Mc Donald’s et les méfaits des hamburgers – je me suis surprise  à être séduite par l’histoire de ce Mr. Cathy. Pour peu, il m’aurait donne envie de goûter à ses sandwichs au poulet dont il parle comme s’il s’agissait de petites merveilles culinaires (il ne parle d’ailleurs pas de “fast food” pour évoquer son business mais plutôt de “food that is quickly cooked,” la différence est subtile…) Pas de mayonnaise donc chez Chick-fil-A, mais du beurre sur le burger, le poulet frit est servi sans peau (ce qui est un tour de force pour du poulet frit puisque tout le goût vient de la peau frite), la limonade faite de jus de citrons, pour peu on penserait être dans un gourmet shop. Quoi qu’on en pense, le sandwich au poulet de Mr. Cathy a fait son chemin et on peut le trouver dans plus de 1,300 restaurants aux Etats Unis.

L’histoire de Mr. Cathy est exemplaire des succes stories à l’américaine: parti de rien, fils d’un assureur dans le sud rural de la Géorgie, Truett a grandi dans la pauvreté. “La seule chose qu’on avait à l’époque, mes frères et moi, pour jouer, c’étaient nos dents de lait quand elles étaient sur le point de tomber.” Truett a le sens de l’humour. Il n’est jamais allé au collège et a commencé à travailler très jeune. A l’âge de 8 ans, il fait du porte a porte et vend des bouteilles de Coca Cola pour 1 cent pièce.”C’est parce que j’étais mauvais élève que j’ai du travailler plus dur et mettre plus d’efforts que les autres dans tout ce que j’entreprenais.” Ce qui l’a sauvé, ce sont les cours du dimanche à l’église et l’enseignement religieux. Il se souvient d’un verset de la Bible qu’il avait dû mémoriser très jeune et que son enseignante avait copié au tableau, avec son nom, à côté: ”A good name is rather to be chosen than great riches, and loving favor rather than silver and gold.”  

Truett n’en a jamais démordu. A l’âge de 86 ans, et avec derrière lui une entreprise dont le chiffre d’affaires s’élève à 2.3 milliards de dollars, Truett suit toujours les préceptes de la Bible pour mener ses affaires. Ne dit-il pas d’ailleurs que la meilleure décision qu’il ait pris dans sa carrière professionnelle a été de fermer ses restaurants le dimanche? Il y a une volonté profonde et sincère chez cet homme pour aider son prochain, et surtout les jeunes. Dans son discours, il ne cesse de parler des jeunes, de la nécessite de leur donner une chance en les encourageant, en leur montrant que la seule voie possible de la réussite passe par le travail. “With proper education and proper encouragement, you can help somebody do anything.” Mr. Cathy est reconnu par sa philantropie, comme beaucoup d’entrepeneurs américains. A travers sa fondation, WinShape Foundation il offre une chance à ceux et celles qui, autrement, n’auraient jamais pu accéder à une éducation, comme lui.

Difficile donc de ne pas être séduite par ce milliardaire au grand cœur, dont le mantra “people before profit,” s’applique aussi bien a sa clientèle qu’à son personnel. Mais difficile aussi de croire que l’on peut réussir en business au 21ieme siècle avec des principes centrés autour de l’amour pour autrui.