Jusqu’où le descendre? La question laisse perplexe mais elle n’est pas si frivole que cela. Elle fait d’ailleurs couler beaucoup d’encre ces temps-ci à Atlanta, où un membre du city council (le conseil de la ville) essaye de faire passer une loi pour interdire le port de ces “saggy pants.”
“Saggy” d’après le dictionnaire, réfère à ce qui se laisse aller, ce qui manque de fermeté, de force, ce qui est affaibli (”sagging spirits”); et par extension, à ce qui tombe.
Si la Géorgie se pose la question, d’autres états sont passés depuis à l’acte. En Louisiane, par exemple, il est désormais interdit de porter des pantalons qui dévoilent les sous-vêtements sous peine d’amendes (qui peuvent aller jusqu’a $500 ou six mois de prison dans certaines villes) d’après des arrêts municipaux faisant appel à la décence (decency ordinances).
La puissante American Civil Liberties Union est bien sûr entré dans le vif du débat en s’opposant à ces ordonnances, au nom de la liberté d’expression. “I don’t see any way that something constitutional could be crafted when the intention is to single out and label one style of dress that originated with the black youth culture, as an unacceptable form of expression,” dénonçe sa présidente, Debbie Seagraves.
A Atlanta, les critiques du projet de loi crient également à la discrimination raciale et dénoncent “des mesures punitives qui visent la jeunesse noire.”
La plupart des noirs américains à qui j’ai posé la question pensent également que légiférer sur la tenue des pantalons n’est pas la solution au problème, plus complexe, de la délinquance d’une partie d’une jeunesse inspirée du style des artistes hip-hops des années 90.
Après avoir connu les mini jupes, les jeans hyper serrés, les logos faisant référence aux drogues, les insignes de gangs, « les pantalons qui tombent, c’est juste une mode comme une autre. Les jeunes s’en lasseront bien d’eux-mêmes. Il n’y a pas de quoi s’alarmer», commente le musicien et entertainer (noir) Shawn Brown. « Les jeunes blancs eux aussi ont adoptés cette mode, ce n’est pas seulement les noirs. »
Et de remarquer que, ce que les jeunes ne connaissent peut être pas, ou plus, c’est l’origine de cette mode : les prisons, où l’on fait porter aux prisonniers des uniformes sans ceintures pour éviter les tentatives de suicide et la possibilité de cacher des armes.
Dans les écoles publiques d’Atlanta encore aujourd’hui – comme la middle school de ma fille– la consigne pour les garçons est au « tuck in », rentrer la chemise dans le pantalon et ne pas porter des vêtements trop amples.
Est-ce que le fait de remonter le pantalon a une incidence sur les performances scolaires? La question mérite d’être posée…