mars 17, 2008

Vents de panique

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Atlanta s’est réveillée ce dimanche 16 mars encore toute abasourdie par la tornade qui s’est abattue sur le cœur même de la ville. “A historic blow” titrait l’Atlanta Jounal-Constitution ce matin, une première dans l’histoire locale depuis les années 1880.  

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A Cabbagetown, un quartier anciennement ouvrier, aux petites maisons rustiques nichées au pied des grands buildings du downtown d’Atlanta, une vingtaine d’habitations ont été partiellement détruites par le vent, les débris et les arbres qui se sont abattus sur elles.

Ce dimanche matin, les gens sortent, se parlent, sous le bruit des tronçonneuses, ramassent les débris, recollent les morceaux.   Le quartier n’ayant pas de sirènes, les gens n’ont pas eu le temps de se préparer. Fleeting moments of terror. Un couple parle de s’être refugié dans la baignoire en se couvrant d’un matelas. Vents de panique. Pas de morts, mais une grosse peur. Une très grosse peur.

mars 12, 2008

Et moi qui pensais pouvoir être heureuse…

  Il y a quelque chose qui m’a toujours fascinée dans la déclaration d’indépendance écrite il y a plus de 200 ans: la notion de bonheur. “Life, liberty and the pursuit of happiness.” Que les législateurs de l’époque aient pensé à inscrire le droit au bonheur au même titre que la liberté est en soi extraordinaire (même si à l’origine cette idée est basée sur les écrits de  John Locke qui, lui, parlait de propriété (life, liberty and “estate”) 

Je repensais à cette notion en lisant la critique d’un livre récemment paru, “Against Happiness: In Praise of Melancholy,” par Eric G. Wilson. L’idée, quelque peu « schopenhauerienne »,  est la suivante : la recherche du bonheur conduit à une espèce de vanité, d’auto-complaisance, d’insipide passivité (« vapidity ») qui détourne des chemins de la créativité. La vie est complexe, elle doit être vécue comme un mélange de beauté et de tristesse, de joie et de peine. En explorant la mélancolie, il serait possible de vivre une vie plus profonde, plus intéressante, plus nuancée (« more ecstatic and energized ») en quelque sorte, plutôt que de s’obstiner à vouloir être heureux.

Le poète John Keats disait déjà cela dans son poème, “Ode on Melancholy”. Nous ne pouvons comprendre la beauté du monde que parce que nous sommes conscients qu’il est fini et mortel. “This sounds kind of strange, but if you think about it, a real rose is more beautiful than a porcelain rose because it is in the state of decay,” explique Wilson. 

Humm. Me voila perplexe, car, d’après ce raisonnement, la poursuite du bonheur chère à Jefferson et à ses amis serait alors futile. Pas de bonheur absolu possible non plus, en fin de compte, ou alors des petits bouts de bonheurs, comme dirait mon ami bloggeur Switchieaccumulés au cours du temps, sur lesquels on pourrait se retourner, à la fin de sa vie, en se disant, oui, finalement, j’ai été heureux (se).  

mars 9, 2008

Sun dog

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Photographie d’Edna Lewis par John T. Hill 

Le magazine Gourmet vient de publier récemment un essai écrit par la grand dame de la cuisine du sud, Edna Lewis. Cet essai, jamais publié, fut retrouvé par hasard, dans un carnet aux feuilles jaunies.  

Petite fille d’esclave de la Virginie, Edna Lewis est devenue une des cuisinières noires les plus respectées de sa génération, tout autant qu’une écrivaine culinaire éloquente.

Cet essai, intitulé “What is Southern?” capture toute la beauté du sud à travers le regard d’une femme sensible à la richesse et à l’authenticité de sa région natale, et à jamais imprégnée des fêtes qui célébraient la nourriture, des pique-niques et “des diners après la messe où l’on dressait de longues tables parées de nappes blanches.” Des haricots verts cuits dans le bouillon de porc, du poulet frit et des “biscuits”, des confits de pastèque et de “cantaloupe”, des soupes de tortues.

“Southern is an evening of turtle soup », écrit-elle. « We would find the turtle, having been washed out of the stream in a thunderstorm, crawling toward the house, so we would pick it up, keep it for a few days, then clean and cut it up.”  

A un autre moment de son essai, Edna Lewis parle de la lumière du sud: “Southern is a sun dog—something like a rainbow, or the man in the moon—on a late summer afternoon.”  J’ai depuis appris que le sun dog décrit la lumière blanche qui filtre à travers les nuages fins, tels les Cirrus, à l’horizon, lorsque le soleil est bas.  

 Edna Lewis s’est éteinte à l’âge de 89 ans, en 2006. Je ne sais pas de quand date cette photographie mais je la trouve lumineuse. Symbolique de la beauté des choses simples qu’on a su conserver. « We are now faced with picking up the pieces and trying to put them into shape, document them so the present-day young generation can see what southern food was like. The foundation on which it rested was pure ingredients, open-pollinated seed—planted and replanted for generations—natural fertilizers. We grew the seeds of what we ate, we worked with love and care.” 

mars 1, 2008

1 sur 100

La statistique est choquante mais sans appel.

Pour la première fois dans l’histoire des Etats Unis, il y aurait plus d’un adulte américain sur 100 derrière les barreaux.

Excusez ma naïveté, mais c’est hallucinant et également ironique lorsqu’on pense à tous les candidats engagés ces derniers mois dans une course présidentielle, obnubilés par des calculs de délégués.

Si le chiffre de 1 sur 100 est en soi choquant, les détails du rapport du Pew Center on the States sont encore plus consternant: on y apprend ainsi que la majorité des détenus sont noirs (pour les noirs de +de 18 ans, l’incarcération est  de l’ordre de 1 pour 15, et chez les détenus noirs de 20 à 34 ans, 1 pour 9!)

L’étude montre également que les Etats Unis devancent tous les autres pays (y compris la Chine) pour le nombre total de personnes incarcérées  avec plus de 2.3 millions « in jail or in prison».  A préciser que le terme « jail » définit les prisons pour les personnes en attente de jugement. Elles sont régulées généralement par les shériffs ou/et les gouvernements locaux ; par opposition aux « prisons » qui sont, elles, sous la directive des gouvernements d’état et du bureau fédéral des prisons (BOP). Ces dernières sont réservées pour les détenus ayant obtenu une sentence.

Triste constat du Pew Center : cette montée du nombre d’incarcération est le résultat direct d’une sévérité accrue des sentences et ne correspond en rien a une montée de la criminalité en général.  

Vous pouvez consulter le rapport du Pew Center : http://www.pewcenteronthestates.org/uploadedFiles/One%20in%20100.pdf

février 20, 2008

La guerre de l’eau

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L’eau, comme toute forme de ressources naturelles, n’est dûment appréciée que quand elle manque. Aux Etats-Unis, comme dans toutes sociétés riches, les gens n’ont qu’à ouvrir le robinet pour qu’elle coule. Mais quand elle cesse de couler, …c’est la guerre. J’exagère, mais à peine.

Pour preuve la réaction d’un homme publique et avocat de Nashville à l’annonce de la tentative de l’état de Géorgie de modifier sa frontière avec le Tennessee et de s’approprier une partie des ressources en eau.

« Us good Tennesseeans will take our long rifles up to Lookout Mountain [la montagne à la frontière de la Géorgie et du Tennessee] and fire when ready. »  On  se croirait revenu aux temps des cowboys et des Indiens, mais non, cela se passe en l’année 2008 à la frontière de deux états américains.

Tous les Tennesseeans n’ont pas réagi avec autant de virulence. Certains ont répondu que si les Georgiens voulaient leur eau, ils n’avaient qu’à l’avoir…mais qu’il faudrait la payer.  

Au commencement donc était l’eau, ou plutôt l’absence d’eau. Depuis plusieurs mois, la Géorgie a la gorge sèche. Le réservoir d’eau potable de l’état, le Lac Lanier, est au plus bas, à la suite d’un automne et d’un hiver très sec. Le gouvernement de Sonny Perdue a engagé des mesures draconiennes de restriction, interdisant aux habitants d’arroser leurs jardins ou d’aller laver leurs voitures. Après avoir tout essayé (de l’aveu de Perdue), le gouverneur a imploré la clémence divine (voir En attendant la pluie) mais rien n’y fit. Les eaux du lac ne montèrent pas. Il est même allé voir Bush à Washington pour plaider sa cause et tenter de limiter la quantité d’eau que s’approprient ses états voisins au sud, la Floride et l’Alabama. Sans résultat. 

Aussi les législateurs géorgiens ont eu une idée géniale : remettre sur le tapis une vieille querelle topographique selon laquelle le relèvement du terrain effectué en 1818 serait erroné. D’après ces hommes de lois, l’état de Géorgie n’aurait jamais accepté la délimitation et a toujours plaidé pour que sa frontière avec le Tennessee soit déplacée de 1.1 miles au sud de ce qui a été décidé par le Congrès.  

L’enjeu bien évidemment est la rivière Tennessee, qui coule à la frontière de deux états. Si la Géorgie arrive à déplacer la frontière, elle accède du même coup à l’ «or bleu ».  

Comme il est de coutume dans ce pays, l’affaire risque de se retrouver débattue devant les tribunaux.

A suivre, donc.   

février 18, 2008

Sommes nous de plus en plus bêtes?

Depuis quelques jours, un article dans l’édition électronique du New York Times fait la une des articles les plus lus et les plus reproduits (most emailed). Son sujet : l’hostilité grandissante des Américains vis-à-vis de la connaissance.

(Le palmarès des 10 articles les plus lus et les envoyés par email changent quotidiennement. Le fait que celui-ci soit resté depuis plus de trois jours maintenant est révélateur de l’intérêt médiatique de la question.)

L’article, intitulé ‘Dumb and Dumber: Are Americans Hostiles to Knowledge” (Bêtes et encore plus bêtes: Est ce que les Américains sont hostiles à la connaissance?) s’articule autour de la sortie d’un livre “The Age of American Unreason” par Susan Jacoby dans lequel l’auteur s’afflige de l’hostilité de ses concitoyens envers la connaissance. Jacoby n’est bien sur pas la première à se lamenter sur l’absence d’appétit intellectuel d’une grande partie des Américains. Non, là n’est pas le sujet. Elle s’interroge plutôt sur un phénomène nouveau: l’anti-intellectualisme (l’idée que trop de connaissance peut être nocif) et l’antirationalisme (l’idée qu’il n’existe pas de fait ou d’évidence, mais plutôt des opinions) de ces compatriotes.

En d’autres termes, “non seulement les citoyens sont ignorants en matière scientifique, civique and culturel, mais ils pensent également que cela n’a pas d’importance. »

Jacoby se dit vouloir ouvrir le dialogue sur un phénomène qu’elle qualifie ne pas être uniquement américain. « L’empire de l’infotainement ne s’arrête pas à la frontière américaine», dit-elle. Il n’y a qu’à regarder la télévision mexicaine pour s’en rendre compte.

Il n’est pas difficile non plus de trouver des sondages pour s’en convaincre. Jacoby cite un sondage récent du National Geographic qui montre que près de la moitié des 18-24 ans pensent qu’’il n’est pas nécessaire ou important de savoir où se situent les pays mentionnés dans les médias.

Au rang des coupables, l’éducation où, dit-elle, « malgré le fait que les gens vont à l’école de plus en plus longtemps, rien ne montre qu’ils savent plus. »

J’imagine que ce livre va faire couler beaucoup d’encre et que l’on pourra trouver des arguments qui iront dans l’un ou l’autre sens.  

Il m’a rappelé d’une certaine manière le cri de cœur du journaliste Mort Rosenblum, dans son dernier livre “Plato’s Cave: How America Blindness to the Rest of the World Threatens our Survival,” qui lui aussi pensait la même chose, mais en des termes peut-être un peu plus dramatiques :
« What we don’t know is lethal». Nous mourrons de ce que nous ne connaissons pas (voir Le Monde selon Mort.)   

Mais il m’a fait également pensé au livre de Bernard Henri-Lévy, Vertigo, dans lequel il décrit une scène où il se fait arrêter par un policier sur le bord de la route, dans l’Illinois. Le policier lui demande ce qu’il fait et lui ordonne de remonter en voiture: “Keep moving“, il est interdit de trainer, de flâner et encore plus de pisser” lui dit le policier. Et Henri Lévy de lui expliquer le pourquoi de son voyage, lui dit qu’il suit les traces de Toqueville. Le visage du policier s’éclaire alors à l’énoncé du nom de l’écrivain, et entame le dialogue avec notre philosophe. Un flic cultivé. Qui l’aurait cru?  

février 13, 2008

Huckabee le (très) conservateur

Un stratégiste démocrate commentait récemment sur le candidat républicain Mike Huckabee sur CNN.

Il n’a pas personne de plus conservateur que Huckabee. Il ne croit pas à l’évolution ou à la gravité ni même à la photosynthèse.”

Pas étonnant alors qu’Huckabee ait trouvé tant de support en Géorgie, un état où, il n’y a pas si longtemps, en 2004, la superintendent à l’éducation, Kathy Cox, proposait de réviser le curriculum de science dans les écoles publiques et de remplacer le terme “‘évolution” par celui de “changement biologiques au cours du temps” (”biological changes over time“), l’idée étant d’introduire dans les classes de science l’enseignement du créationnisme (intelligent design)  pour contrebalancer la théorie darwinienne. 

L’ancien président Jimmy Carter réagit à l’epoque avec virulence, déclarant qu’en tant que chrétien, ingénieur de formation, et professeur à l’universite d’Emory, il avait été “embarrassé” par de telles remarques et par cette atteinte à déformer l’éducation scientifiques des élèves en Géorgie.

février 12, 2008

Question de mode (ou de moeurs?)

saggypants21.jpg Jusqu’où le descendre? La question laisse perplexe mais elle n’est pas si frivole que cela. Elle fait d’ailleurs couler beaucoup d’encre ces temps-ci à Atlanta, où un membre du city council (le conseil de la ville) essaye de faire passer une loi pour interdire le port de ces “saggy pants.” 

“Saggy” d’après le dictionnaire, réfère à ce qui se laisse aller, ce qui manque de fermeté, de force, ce qui est affaibli (”sagging spirits”); et par extension, à ce qui tombe. 

Si la Géorgie se pose la question, d’autres états sont passés depuis à l’acte. En Louisiane, par exemple, il est désormais interdit de porter des pantalons qui dévoilent les sous-vêtements sous peine d’amendes (qui peuvent aller jusqu’a $500 ou six mois de prison dans certaines villes) d’après des arrêts municipaux faisant appel à la décence (decency ordinances).

La puissante American Civil Liberties Union est bien sûr entré dans le vif du débat en s’opposant à ces ordonnances, au nom de la liberté d’expression. “I don’t see any way that something constitutional could be crafted when the intention is to single out and label one style of dress that originated with the black youth culture, as an unacceptable form of expression,” dénonçe sa présidente, Debbie Seagraves.

A Atlanta, les critiques du projet de loi crient également à la discrimination raciale et dénoncent “des mesures punitives qui visent la jeunesse noire.”  

La plupart des noirs américains à qui j’ai posé la question pensent également que légiférer sur la tenue des pantalons n’est pas la solution au problème, plus complexe, de la délinquance d’une partie d’une jeunesse inspirée du style des artistes hip-hops des années 90. 

Après avoir connu les mini jupes, les jeans hyper serrés, les logos faisant référence aux drogues, les insignes de gangs, « les pantalons qui tombent, c’est juste une mode comme une autre. Les jeunes s’en lasseront bien d’eux-mêmes. Il n’y a pas de quoi s’alarmer», commente le musicien et entertainer (noir) Shawn Brown. « Les jeunes blancs eux aussi ont adoptés cette mode, ce n’est pas seulement les noirs. »  

Et de remarquer que, ce que les jeunes ne connaissent peut être pas, ou plus, c’est l’origine de cette mode : les prisons, où l’on fait porter aux prisonniers des uniformes sans ceintures pour éviter les tentatives de suicide et la possibilité de cacher des armes.

Dans les écoles publiques d’Atlanta encore aujourd’hui – comme la middle school de ma fille– la consigne pour les garçons est au « tuck in », rentrer la chemise dans le pantalon et ne pas porter des vêtements trop amples.

Est-ce que le fait de remonter le pantalon a une incidence sur les performances scolaires? La question mérite d’être posée… 

février 12, 2008

Vents féroces

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Photo: The Decatur Daily, Gary Cosby Jr.

Tragédie dans les états du sud, où en l’espace de quelques heures, plusieurs tornades détruisent tout sur leur passage, et ne laissent que des débris. Regardez cette photo. Il ne reste littéralement plus rien, tout a été réduit en morceaux.

Je me suis demandée si une telle dévastation n’était pas aggravée par le fait que les maisons sont, le plus souvent, de pauvre qualité dans cette partie des Etats Unis: des “baraques” en bois, sans aucune fondation, des mobile homes bien souvent.  

Gary Cosby Jr., l’auteur de cette photo, m’a répondu que non. “I have covered several tornadoes and one hurricane and I have seen the destructive quality of the wind several times.  I am always amazed at what concentrated wind can do to almost anything“ explique-t- il. Cette tournade était de force 4 selon l’échelle Fujita.  ”It destroyed with equal ferocity, brick homes, wooden homes and mobile homes.  There were some houses where everything was wiped off the earth including the concrete block foundations…The best thing, and only really safe place to be, is underground in a storm shelter.  Even a basement is not totally safe because so much debris can fall down on top of you. ”

Sa conclusion: “It is best to just pray you are never in a tornado.”

février 11, 2008

Truculence culinaire

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Christiane Lauterbach est critique culinaire à Atlanta magazine. Depuis 1983, elle sillonne la ville, du downtown jusqu’aux suburbs les plus éloignés pour découvrir de nouvelles saveurs. Des grands restaurants jusqu’aux petits ”boui-bouis” comme elle dit.

Christiane Lauterbach a la verve truculente, un physique à la Marguerite Duras, un profond respect pour son métier et l’écriture, et un dédain certain pour la médiocrité gastronomique de l’américain moyen (point sur lequel je ne peux que concourrir).  

La cuisine, ou plutôt la nourriture, a toujours été pour elle un moyen de connaissance et d’exploration (explorer une ville à travers ses restaurants), un sujet d’étude pour une ethnologie des temps modernes.  

Ci-dessous quelques extraits de ma conversation avec Christiane la semaine dernière.

Sur la nourriture américaine  

“J’adore la charcuterie, les rognons, la langue, la cervelle. Et ça n’existe pratiquement pas aux Etats-Unis.  Les Américains ont un régime beaucoup plus limité. Ils n’aiment pas les têtes de poissons, les arrêtes. Ils mangent comme des gens riches, les Américains. Et moi j’aime la cuisine pauvre parce qu’elle a beaucoup plus d’imagination pour essayer de donner du goût. J’adore tout ce qui est mijoté, la cuisine grand-mère et ici le plus souvent c’est de la cuisine sautée, grillée, avec un petit peu de sauce.”

Sur le ketchup

“La seule chose que je ne mange pas, c’est le ketchup. Il n’y a rien de pire pour moi au niveau du goût, ce sucre-vinaigre-tomate, c’est abominable. Mes enfants ont été privés de ketchup. J’aime à peine la tomate cuite.  Quand on grandit en France, on n’a aucun point de référence avec le ketchup. Le ketchup, c’est la pire des choses qu’on peut faire avec une tomate.”

Sur le poulet frit

“Quand je suis arrivée en Atlanta, je n’avais jamais mangé de poulet frit et même l’idée du poulet frit m’horrifiait. Mais petit à petit j’ai découvert la cuisine d’Atlanta, comme celle des noirs, qui est très exotique pour moi. Et puis maintenant Atlanta est devenu une ville tellement internationale, il y a de la cuisine de tous les pays, au delà de ma porte. Je ne m’ennuie pas, près de 70 nationalités sont représentées.” 

Sur la cuisine du sud

“Il n’y a pas beaucoup de tradition à Atlanta mais la cuisine du sud vient des environs d’Atlanta plutôt que de la ville. Il existe une différence énorme dans le sud entre la cuisine des blancs et la cuisine des noirs, d’un côté. Le restaurant le plus important du sud est Watershed, et son chef (Scott Peacock) est d’Alabama. C’est vraiment un chef qui a recherche les traditions de la cuisine du sud et qui arrive à la traduire à un certain niveau culinaire, ce n’est pas tarabiscoté, c’est de la belle cuisine du sud. Il est blanc mais très influencé par Edna Lewis qui était la cuisinière noire la plus reconnue d’Atlanta. J’adore manger dans des petits boui-bouis noirs au sud d’Atlanta, j’aime la façon dont ils font cuire les légumes avec du porc, ça a vraiment du goût. “   

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