mars 12, 2008...2:39

Et moi qui pensais pouvoir être heureuse…

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  Il y a quelque chose qui m’a toujours fascinée dans la déclaration d’indépendance écrite il y a plus de 200 ans: la notion de bonheur. “Life, liberty and the pursuit of happiness.” Que les législateurs de l’époque aient pensé à inscrire le droit au bonheur au même titre que la liberté est en soi extraordinaire (même si à l’origine cette idée est basée sur les écrits de  John Locke qui, lui, parlait de propriété (life, liberty and “estate”) 

Je repensais à cette notion en lisant la critique d’un livre récemment paru, “Against Happiness: In Praise of Melancholy,” par Eric G. Wilson. L’idée, quelque peu « schopenhauerienne »,  est la suivante : la recherche du bonheur conduit à une espèce de vanité, d’auto-complaisance, d’insipide passivité (« vapidity ») qui détourne des chemins de la créativité. La vie est complexe, elle doit être vécue comme un mélange de beauté et de tristesse, de joie et de peine. En explorant la mélancolie, il serait possible de vivre une vie plus profonde, plus intéressante, plus nuancée (« more ecstatic and energized ») en quelque sorte, plutôt que de s’obstiner à vouloir être heureux.

Le poète John Keats disait déjà cela dans son poème, “Ode on Melancholy”. Nous ne pouvons comprendre la beauté du monde que parce que nous sommes conscients qu’il est fini et mortel. “This sounds kind of strange, but if you think about it, a real rose is more beautiful than a porcelain rose because it is in the state of decay,” explique Wilson. 

Humm. Me voila perplexe, car, d’après ce raisonnement, la poursuite du bonheur chère à Jefferson et à ses amis serait alors futile. Pas de bonheur absolu possible non plus, en fin de compte, ou alors des petits bouts de bonheurs, comme dirait mon ami bloggeur Switchieaccumulés au cours du temps, sur lesquels on pourrait se retourner, à la fin de sa vie, en se disant, oui, finalement, j’ai été heureux (se).  

1 Comment

  • … je veux juste préciser que ce ne sont PAS de “simples petits bouts de bonheur accumulés au cours du temps” mais des fameux morceaux épars qu’il nous faut rassembler et dont parle magnifiquement Novalis :

    “Le paradis est pour ainsi dire dispersé sur toute la terre, c’est pourquoi il est devenu si difficile à reconnaître, etc. - Ses traits épars doivent être rassemblés”

    Les petits bonheurs ce ne sont donc pas seulement “des petits détails dérisoires” mais des fragments dispersés du Paradis tout entier ! De magnifiques morceaux du Paradis !

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