février 18, 2008...3:40

Sommes nous de plus en plus bêtes?

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Depuis quelques jours, un article dans l’édition électronique du New York Times fait la une des articles les plus lus et les plus reproduits (most emailed). Son sujet : l’hostilité grandissante des Américains vis-à-vis de la connaissance.

(Le palmarès des 10 articles les plus lus et les envoyés par email changent quotidiennement. Le fait que celui-ci soit resté depuis plus de trois jours maintenant est révélateur de l’intérêt médiatique de la question.)

L’article, intitulé ‘Dumb and Dumber: Are Americans Hostiles to Knowledge” (Bêtes et encore plus bêtes: Est ce que les Américains sont hostiles à la connaissance?) s’articule autour de la sortie d’un livre “The Age of American Unreason” par Susan Jacoby dans lequel l’auteur s’afflige de l’hostilité de ses concitoyens envers la connaissance. Jacoby n’est bien sur pas la première à se lamenter sur l’absence d’appétit intellectuel d’une grande partie des Américains. Non, là n’est pas le sujet. Elle s’interroge plutôt sur un phénomène nouveau: l’anti-intellectualisme (l’idée que trop de connaissance peut être nocif) et l’antirationalisme (l’idée qu’il n’existe pas de fait ou d’évidence, mais plutôt des opinions) de ces compatriotes.

En d’autres termes, “non seulement les citoyens sont ignorants en matière scientifique, civique and culturel, mais ils pensent également que cela n’a pas d’importance. »

Jacoby se dit vouloir ouvrir le dialogue sur un phénomène qu’elle qualifie ne pas être uniquement américain. « L’empire de l’infotainement ne s’arrête pas à la frontière américaine», dit-elle. Il n’y a qu’à regarder la télévision mexicaine pour s’en rendre compte.

Il n’est pas difficile non plus de trouver des sondages pour s’en convaincre. Jacoby cite un sondage récent du National Geographic qui montre que près de la moitié des 18-24 ans pensent qu’’il n’est pas nécessaire ou important de savoir où se situent les pays mentionnés dans les médias.

Au rang des coupables, l’éducation où, dit-elle, « malgré le fait que les gens vont à l’école de plus en plus longtemps, rien ne montre qu’ils savent plus. »

J’imagine que ce livre va faire couler beaucoup d’encre et que l’on pourra trouver des arguments qui iront dans l’un ou l’autre sens.  

Il m’a rappelé d’une certaine manière le cri de cœur du journaliste Mort Rosenblum, dans son dernier livre “Plato’s Cave: How America Blindness to the Rest of the World Threatens our Survival,” qui lui aussi pensait la même chose, mais en des termes peut-être un peu plus dramatiques :
« What we don’t know is lethal». Nous mourrons de ce que nous ne connaissons pas (voir Le Monde selon Mort.)   

Mais il m’a fait également pensé au livre de Bernard Henri-Lévy, Vertigo, dans lequel il décrit une scène où il se fait arrêter par un policier sur le bord de la route, dans l’Illinois. Le policier lui demande ce qu’il fait et lui ordonne de remonter en voiture: “Keep moving“, il est interdit de trainer, de flâner et encore plus de pisser” lui dit le policier. Et Henri Lévy de lui expliquer le pourquoi de son voyage, lui dit qu’il suit les traces de Toqueville. Le visage du policier s’éclaire alors à l’énoncé du nom de l’écrivain, et entame le dialogue avec notre philosophe. Un flic cultivé. Qui l’aurait cru?  

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