décembre 16, 2007...3:26

Mr. Cathy, ses poulets et ses vaches

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Chick-fil-A est une institution en Géorgie. En arrivant à Atlanta, il est difficile de rater les panneaux publicitaires sur lesquels s’affichent ces deux vaches, l’une sur le dos de l’autre, en train de peindre :”Eat more chicken” ou plutôt “Eat Mor Chikin. ” La campagne publicitaire lancée  en 1995 est irrésistible et malicieuse. Et les gens d’Atlanta ont cultivé une certaine affection pour cette chaine de fast food où le poulet (le blanc, désossé et frit) est roi. 

A l’origine de cette institution, un homme, de petite stature mais qui possède une grande ambition: Truett Cathy. Mr. Cathy était invité la semaine dernière au Commerce Club d’Atlanta, et je suis allée l’écouter. Moi qui entretient avec les restaurants fast food une relation très distante – surtout après avoir vu le film Supersize Me sur les overdoses de Mc Donald’s et les méfaits des hamburgers – je me suis surprise  à être séduite par l’histoire de ce Mr. Cathy. Pour peu, il m’aurait donne envie de goûter à ses sandwichs au poulet dont il parle comme s’il s’agissait de petites merveilles culinaires (il ne parle d’ailleurs pas de “fast food” pour évoquer son business mais plutôt de “food that is quickly cooked,” la différence est subtile…) Pas de mayonnaise donc chez Chick-fil-A, mais du beurre sur le burger, le poulet frit est servi sans peau (ce qui est un tour de force pour du poulet frit puisque tout le goût vient de la peau frite), la limonade faite de jus de citrons, pour peu on penserait être dans un gourmet shop. Quoi qu’on en pense, le sandwich au poulet de Mr. Cathy a fait son chemin et on peut le trouver dans plus de 1,300 restaurants aux Etats Unis.

L’histoire de Mr. Cathy est exemplaire des succes stories à l’américaine: parti de rien, fils d’un assureur dans le sud rural de la Géorgie, Truett a grandi dans la pauvreté. “La seule chose qu’on avait à l’époque, mes frères et moi, pour jouer, c’étaient nos dents de lait quand elles étaient sur le point de tomber.” Truett a le sens de l’humour. Il n’est jamais allé au collège et a commencé à travailler très jeune. A l’âge de 8 ans, il fait du porte a porte et vend des bouteilles de Coca Cola pour 1 cent pièce.”C’est parce que j’étais mauvais élève que j’ai du travailler plus dur et mettre plus d’efforts que les autres dans tout ce que j’entreprenais.” Ce qui l’a sauvé, ce sont les cours du dimanche à l’église et l’enseignement religieux. Il se souvient d’un verset de la Bible qu’il avait dû mémoriser très jeune et que son enseignante avait copié au tableau, avec son nom, à côté: ”A good name is rather to be chosen than great riches, and loving favor rather than silver and gold.”  

Truett n’en a jamais démordu. A l’âge de 86 ans, et avec derrière lui une entreprise dont le chiffre d’affaires s’élève à 2.3 milliards de dollars, Truett suit toujours les préceptes de la Bible pour mener ses affaires. Ne dit-il pas d’ailleurs que la meilleure décision qu’il ait pris dans sa carrière professionnelle a été de fermer ses restaurants le dimanche? Il y a une volonté profonde et sincère chez cet homme pour aider son prochain, et surtout les jeunes. Dans son discours, il ne cesse de parler des jeunes, de la nécessite de leur donner une chance en les encourageant, en leur montrant que la seule voie possible de la réussite passe par le travail. “With proper education and proper encouragement, you can help somebody do anything.” Mr. Cathy est reconnu par sa philantropie, comme beaucoup d’entrepeneurs américains. A travers sa fondation, WinShape Foundation il offre une chance à ceux et celles qui, autrement, n’auraient jamais pu accéder à une éducation, comme lui.

Difficile donc de ne pas être séduite par ce milliardaire au grand cœur, dont le mantra “people before profit,” s’applique aussi bien a sa clientèle qu’à son personnel. Mais difficile aussi de croire que l’on peut réussir en business au 21ieme siècle avec des principes centrés autour de l’amour pour autrui.   

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