mai 6, 2008

Le petit Grand Canyon

Providence Canyon State Park

 

Providence Canyon. Il l’appelle ici “Georgia’s Little Grand Canyon”. Il serait plus juste de dire “Le Petit Bryce Canyon” tant la ressemblance avec le parc naturel d’Utah est plus éloquente (toute proportion gardée).

J’imagine que parler de Grand Canyon est affaire de marketing, mais là n’est pas la question. Non, d’autant plus que personne ici, parmi les urbanites d’Atlanta, ne semble connaitre ce site naturel d’une rare beauté (ce qui n’est pas plus mal, si vous voulez mon avis, car le tourisme de grand masse et la préservation de lieux naturels ne font généralement pas bon ménage.)

A la frontière de la Géorgie et de l’Alabama, à quelques 40 kilomètres au sud de Columbus, Providence Canyon est connu des locaux comme une curiosité, un rare exemple de canyon creusé, non pas par la main de l’homme mais par son ignorance et son mauvais jugement.

Ces formations rocheuses –certaines atteignent 150 mètres de profondeur – sont en effet le résultat de mauvaises pratiques agricoles et d’un déboisement intensif qui ont provoqué le ravinement et l’érosion de ce sol argileux depuis les années 1820. 

Les strates rocheuses successives révèlent une palette haute en couleur, allant du rouge vermillon de la formation supérieure en passant par l’ocre et le blanc, jusqu’à exposer les strates grises sombres du “sea floor”. Le spectacle est aussi étonnant qu’éphémère (là aussi, toute proportion gardée).

“Dans cinq cent ans,” commente le park ranger local, ”le comté de Stewart ne sera plus qu’un grand canyon.”

 

 

avril 22, 2008

Un binome surprenant

 

J’ai déjà parlé de mon admiration pour les dogwood et voilà que récemment j’ai remarqué pas très loin de chez moi cette association étrange d’une boite aux lettres et d’un dogwood. Je ne sais pas si la boite aux lettres est tombée à cause de l’arbuste grandissant ou ce n’est qu’un exemple de la force de la nature et sa capacité à reconquérir l’espace conquis par l’homme, toujours est-il que j’ai trouvé la scène amusante.

 

Mais comme cela est bien souvent  le cas, l’homme n’aime pas s’avouer vaincu et il reprend le dessus, comme l’atteste cette photo prise quelques jours plus tard. Je suis sûr que le dogwood n’a pas dit son dernier mot. A suivre.

 

 

avril 5, 2008

Et encore tant de montagnes à gravir…

Photo by Win McNamee/Getty Images

Très belle photo publiée dans l’édition électronique du New York Times en commémoration du 40ième anniversaire de l’assassinat de Martin Luther King Jr. 

Le King Center est un détour obligé pour toute personne de passage à Atlanta. Classé “National Historic Site”, il fonctionne comme un centre dédié à la mémoire du pasteur noir et enfant d’Atlanta, et à l’avancement de ses idées. Très éloquent également est le tombeau où reposent King et sa femme, Coretta, récemment décédée (2006), au milieu d’un bassin d’eau. 

“Every man must decide whether he will walk in the light of creative altruism or the darkness of destructive selfishness. This is the judgment. Life’s most persistent and urgent question is, What are you doing for others?”

from The Words of Martin Luther King Jr, selected by his wife Coretta Scott King.

 

avril 2, 2008

Remettre l’arbre à sa place

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La ville dans les arbres. Cela pourrait être Atlanta dans 100 ans. Ou telle est la vision développée par une équipe d’urbanistes et d’ingénieurs qui ont répondu au concours organisé par la chaine télévisée History Channel.

Le thème est le suivant : Imaginez votre ville dans 100 ans. Trois projets ont été retenus: ceux de San Francisco, Washington D.C. et Atlanta (le vainqueur devrait être annoncé début mai.)

L’idée des arbres me plait bien, même si elle me pourrait illusoire. Il ne s’agirait pas de simplement reboiser Atlanta mais de redessiner la ville d’après une configuration totalement différente, du point de vue de l’arbre.

Les arbres sont les poumons des villes par le haut et ils filtrent l’eau usagée par le bas. D’où l’idée de ce projet de replacer l’arbre au centre de la logique urbaine, et d’organiser les buildings et autres constructions de l’homme autour des zones vertes.

Autre composante essentielle : l’eau. L’eau usagée, jusqu’ici enterrée et canalisée dans un système de plus de 2,000 kms de tuyaux, doit refaire surface et former des zones aquifères (et les moustiques ? les auteurs du projet n’en parlent pas…)

Fini les rues qui se croisent à angle bien droit, place à une fluidité toute organique.

Et toi, t’habites où ? Juste derrière la petite clairière, troisième chêne à droite après le ruisseau. On croit rêver.

mars 31, 2008

Beautiful dogwood

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Dans le jargon journalistique, on parle d’un « marronnier » pour décrire un article qui revient tous les ans : exemple, tiré de ma vie professionnelle de jeune stagiaire dans un grand quotidien parisien : les vacances des hommes politiques. Pas vraiment passionnant mais néanmoins de tradition.

Si je devais écrire un article tous les ans dans le journal local, l’Atlanta Journal-Constitution, je le ferais sur la floraison des dogwood, et notamment les cornus florida, les flowering dogwood, ces arbres à feuilles caduques d’une rare élégance, rendue en partie grâce à leurs fleurs posées en équilibre sur l’extrémité des branches. Les dogwood fleurissent à la fin mars, début april, et la ville d’Atlanta leur rend hommage à  travers un festival très populaire, le Dogwood Festival.   

Il y a quelque chose de japonais dans ces arbres – non pas qu’ils ressemblent aux cerisiers de là-bas. Il y a une finesse et une délicatesse rendue par la finesse du tronc et l’architecture naturelle des branches, qui sont comme suspendues. La fleur, blanche la plupart du temps mais parfois teintée de rose, a la particularité d’avoir l’extrémité de ses quatre pétales racornie, comme si elle avait été passée au feu, et marquée d’une pointe de rouge.

Une fable chrétienne prétend que le dogwood aurait été utilisé pour fabriquer la croix du Christ, à cause de la souplesse et de la robustesse de son bois. Les quatre pétales, eux-mêmes en forme de croix, porteraient en leur extrémité les marques de crucifixion portées par les clous, d’où l’indentation et la marque rouge.

L’origine séculaire du nom semble, elle, venir de l’usage du bois fin et résistant des dogwood pour la fabrication de poignards (« dagger », la dague).

Malgré ces connotations sanguinaires, le dogwood, lorsqu’il fleurit, reste pour moi une source inépuisable d’enchantement et d’un je-ne-sais-quoi euphorique devant tant de beauté. 

mars 26, 2008

Koltès à Atlanta

arton1085-7d5462.jpg« Koltès en anglais, c’est presque mieux, » me confiait hier matin EricVigner, directeur artistique du théâtre national de Lorient, de passage à Atlanta pour mettre en scène « Dans la Solitude des Champs de Coton », une des pièces de théâtre majeures de Bernard-Marie Koltès.

En anglais, cela donne « In the Solitude of Cotton Fields ». La première représentation sera donnée le 24 avril au théâtre 7 Stages d’Atlanta. Elle marquera le début d’un projet ambitieux, the US Koltès project, qui vise à monter six œuvres de théâtre de Koltès sur dix ans et à offrir une nouvelle traduction de l’œuvre entière (pièces de théâtre, romans, correspondance, etc.) de ce dramaturge décédé il y a presque vingt ans.

A l’origine de ce projet, un acteur, Isma’il ibn Conner qui s’est découvert une véritable passion pour Koltès, et une affinité telle avec ses œuvres qu’il a décidé de faire de leur traduction le projet d’une vie. Armé de quelques rudiments de français, il se lance dans ce difficile travail de traduction, presqu’au « feeling », aidé de son instinct d’acteur et du soutien du frère de Koltès, François Koltès, qui lui donne carte blanche.

« Dans la solitude des champs de coton » est une œuvre complexe, plus un morceau de littérature qu’une véritable pièce de théâtre au sens classique. Un monologue coupé en deux, centré sur l’idée de désir entre deux entités, le « dealer » et «le client » qui se cherchent et s’affrontent, et sur  la notion de « deal »  pour entretenir un commerce « à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, indépendamment des heures d’ouverture réglementaires des lieux de commerce homologues, mais plutôt aux heures de fermeture de ceux-ci. »

« C’est une suite, une série de boucles, comme une suite de Bach repris à l’ infini», commente Eric Vigner. D’où la difficulté de la traduction, qui se doit de respecter la musicalité de la phrase et trouver le mot juste. 

Le choix du lieu, disait Koltès – qui était imprégné de culture américaine– peut être associé au travail des Noirs du temps de l’esclavage. D’où son titre. Ironie du sort, donc, qui veut que cette pièce trouve une nouvelle dimension dans le sud des Etats-Unis, dans une ville, Atlanta, encore tant imprégnée de tensions raciales mais aussi désireuse de les reconcilier.

mars 20, 2008

Tornade

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Une photo de la tornade que j’aurais bien aimée prendre… 

Kudos au photographe (ou inconscience de sa part), qui s’est précipité au sommet de son immeuble avec son appareil, à peine à un peu plus d’un kilomètre de la tornade.

mars 20, 2008

De l’autre côté de la rue

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Sur NPR, l’autre jour, une femme – noire, de toute évidence —  commentait au sujet du fameux discours de Barak Obama sur le problème racial aux Etats Unis : “Qu’est-ce que les Blancs savent de ce qui se passent dans les églises noires? Il n’y a jamais de Blancs qui y viennent. »

Je pensais à cette remarque en regardant cette photo d’une église « noire » que j’ai prise à Cabbagetown, dimanche 16 avril, le jour qui a suivi la tornade qui s’est abattue sur Atlanta (voir Vents de panique).

La voix forte du pasteur résonnait hors de l’église, suivie à chaque pause par les acquiescements des paroissiens, comme des murmures. Elle avait cette intonation bien particulière des gens noirs du Sud, lente et rythmée, un sermon qui ressemblait à une incantation, presque chantée, avec des pointes de colère.

Je suis restée quelques instants à écouter cette voix qui sortait de l’église, de l’autre côté de la rue, réalisant la distance qui me séparait de ce monde là. C’est bête, mais  jamais je n’aurais eu le courage de franchir la porte et d’aller voir ce qui se passait à l’intérieur. Peut-être un jour j’irai.

mars 17, 2008

Vents de panique

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Atlanta s’est réveillée ce dimanche 16 mars encore toute abasourdie par la tornade qui s’est abattue sur le cœur même de la ville. “A historic blow” titrait l’Atlanta Jounal-Constitution ce matin, une première dans l’histoire locale depuis les années 1880.  

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A Cabbagetown, un quartier anciennement ouvrier, aux petites maisons rustiques nichées au pied des grands buildings du downtown d’Atlanta, une vingtaine d’habitations ont été partiellement détruites par le vent, les débris et les arbres qui se sont abattus sur elles.

Ce dimanche matin, les gens sortent, se parlent, sous le bruit des tronçonneuses, ramassent les débris, recollent les morceaux.   Le quartier n’ayant pas de sirènes, les gens n’ont pas eu le temps de se préparer. Fleeting moments of terror. Un couple parle de s’être refugié dans la baignoire en se couvrant d’un matelas. Vents de panique. Pas de morts, mais une grosse peur. Une très grosse peur.

mars 12, 2008

Et moi qui pensais pouvoir être heureuse…

  Il y a quelque chose qui m’a toujours fascinée dans la déclaration d’indépendance écrite il y a plus de 200 ans: la notion de bonheur. “Life, liberty and the pursuit of happiness.” Que les législateurs de l’époque aient pensé à inscrire le droit au bonheur au même titre que la liberté est en soi extraordinaire (même si à l’origine cette idée est basée sur les écrits de  John Locke qui, lui, parlait de propriété (life, liberty and “estate”) 

Je repensais à cette notion en lisant la critique d’un livre récemment paru, “Against Happiness: In Praise of Melancholy,” par Eric G. Wilson. L’idée, quelque peu « schopenhauerienne »,  est la suivante : la recherche du bonheur conduit à une espèce de vanité, d’auto-complaisance, d’insipide passivité (« vapidity ») qui détourne des chemins de la créativité. La vie est complexe, elle doit être vécue comme un mélange de beauté et de tristesse, de joie et de peine. En explorant la mélancolie, il serait possible de vivre une vie plus profonde, plus intéressante, plus nuancée (« more ecstatic and energized ») en quelque sorte, plutôt que de s’obstiner à vouloir être heureux.

Le poète John Keats disait déjà cela dans son poème, “Ode on Melancholy”. Nous ne pouvons comprendre la beauté du monde que parce que nous sommes conscients qu’il est fini et mortel. “This sounds kind of strange, but if you think about it, a real rose is more beautiful than a porcelain rose because it is in the state of decay,” explique Wilson. 

Humm. Me voila perplexe, car, d’après ce raisonnement, la poursuite du bonheur chère à Jefferson et à ses amis serait alors futile. Pas de bonheur absolu possible non plus, en fin de compte, ou alors des petits bouts de bonheurs, comme dirait mon ami bloggeur Switchieaccumulés au cours du temps, sur lesquels on pourrait se retourner, à la fin de sa vie, en se disant, oui, finalement, j’ai été heureux (se).  

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